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Liberté Egalité Laïcité

 

20.11.09

Non, Luc Chatel, l’État ne crée pas de postes de médecins scolaires

Par VÉRONIQUE SOULÉ

«Nous ouvrons chaque année des postes supplémentaires d’infirmières et de médecins scolaires. Nous avons du mal à recruter.»

Luc Chatel, ministre de l'Education nationale et porte-parole du gouvernement, le 12 novembre à l'AFP.

INTOX
Luc Chatel n’a pas apprécié l’idée des «chèques contraception» que Ségolène Royal voulait faire distribuer dans les lycées de Poitou-Charentes. Il est hors de question que l’Éducation nationale «se substitue au Planning familial, seul habilité à prescrire des contraceptifs à un mineur», a-t-il indiqué à l’Agence France Presse. Puis il a rappelé que les médecins et les infirmières scolaires donnaient déjà des conseils en matière de sexualité aux lycéens. Et que l’État, soucieux de la santé des élèves, ne supprimait pas de postes, comme pour les enseignants. Bien au contraire. «Nous ouvrons chaque année des postes supplémentaires d’infirmières et de médecins scolaires. Nous avons du mal à recruter», a-t-il assuré. Avant d’ajouter : «J’ai demandé à nos services de travailler à un plan de recrutement de personnels de santé.»

DESINTOX
Le ministre pêche par confusion. Il est vrai que l’État recrute 300 infirmières scolaires par an depuis 2006, dans le cadre d’un engagement sur cinq ans. Mais il est faux de dire que l’on «ouvre» des postes de médecins. Depuis 2003, cela n’est arrivé qu’une fois : en septembre 2007, 40 postes ont été royalement créés à la suite d’un mouvement de protestation de la profession. Aujourd’hui, les médecins de l’Éducation nationale sont environ 1 200 pour 12 millions d’élèves, soit un pour 10 000. Les vacataires, en plus, ont été supprimés avec les restrictions budgétaires. Or les charges ne cessent de s’alourdir : lors des visites médicales à l’entrée du CP et de la sixième, il faut désormais détecter les troubles de l’apprentissage. «On court d’urgence en urgence, on s’occupe des handicapés lourds, des malades chroniques, de problèmes psychiatriques, des victimes de maltraitance», explique Fabienne Rancinan, du syndicat majoritaire rattaché à l’Unsa (le SNMSU). Et sur ces 1 200 postes, une centaine ne sont pas pourvus actuellement. Luc Chatel n’a pas tort lorsqu’il dit : «Nous avons du mal à recruter.» Mais le constat est un peu court. «Nous sommes les médecins salariés les plus mal payés, souligne Lise-Marie Testau, du Smeden affilié à FO, la profession est si peu attractive que des médecins partent à quelques années de la retraite et que nous n’arrivons pas à les remplacer.» Les médecins scolaires débutent à 1 746 euros brut par mois. Aujourd’hui, ils sont un maillon essentiel dans le dispositif contre la grippe H1N1. A partir du 25 novembre, ils vont vacciner les élèves dans les écoles. Beaucoup ont déjà été réquisitionnés dans les centres de vaccination dans les départements manquant de volontaires. «Pourquoi nous en priorité ? Comme si notre mission n’avait pas d’importance et que nous pouvions laisser les élèves», souligne Fabienne Rancinan. L’intersyndicale, qui réclame une revalorisation depuis des années, a rendez-vous la semaine prochaine au ministère - «il faut tout réexpliquer à chaque nouveau cabinet»… Mais cette fois, elle attend des actes.

 

 

 

 

SUD-OUEST Mont-de-Marsan 15.10.09

Norbert Trichard, secrétaire général du syndicat Snudi-FO (enseignants) était présent hier au congrès départemental à Mont-de-Marsan.

Sud-Ouest.

Comment jugez-vous le nombre élevé de suicides à France Télécom ?

Norbert Trichard.

Quand il y a privatisation, les conditions de travail se dégradent entre la direction et les salariés, ce n'est pas un hasard. Cela renvoie directement à la situation de l'entreprise. Dans le premier degré de l'Éducation nationale aussi, l'annualisation de 108 heures pour faire des tableaux, des appréciations, bref des tâches qui s'éloignent de plus en plus de l'enseignement, peut laisser craindre que la situation se détériore peu à peu.

Que voulez-vous dire par là ?

Que si l'on supprime les statuts, qui sont des règles collectives pour définir des postes où l'on est seulement enseignant, c'est la porte ouverte à une privatisation de l'enseignement. La suppression des postes Rased (pour enfants en difficulté scolaire) et la mastérisation du recrutement (sans formation professionnelle) vont ainsi permettre aux boîtes privées de recruter des enseignants. Ajouté aux 110 000 vacataires recrutés sans formation, aux 50 000 étudiants qui vont pouvoir être utilisés comme remplaçants pendant 5 semaines, en poste à responsabilité, alors qu'ils n'ont pas de formation d'enseignant, aux collègues sans affectation à qui on propose d'autres postes que ceux d'enseignant, cela fait beaucoup. Peu à peu, on retire le monopole d'État à l'enseignement, ce qui est bien le début d'une privatisation. Le processus est en cours. De plus, mes collègues landais vont lancer une pétition contre les jardins d'enfants, car ce projet d'accueil de la petite enfance à côté de l'école ou dans l'école est la remise en cause de la maternelle pour les moins de 3 ans. Encore un problème de statuts, qui de plus va reposer sur les collectivités territoriales. Pour faire des économies, l'État se désengage, et les parents vont payer trois fois.

Quelle est votre analyse du résultat de la votation sur La Poste ?

Je ne suis pas secrétaire confédéral, mais ce résultat montre, quoi qu'on pense de la forme de cette consultation, l'attachement des Français au service public. Cela rejoint les manifestations interprofessionnelles du début de l'année : le grand public tient à ses fonctionnaires d'État. Nous n'oublions pas la manifestation du 20 novembre dernier, où le ministre Xavier Darcos a dû remiser sa réforme des lycées. Les journées d'action, c'est quand on a un réel contenu qu'elles sont efficaces.

Ce qui signifie qu'il n'y a pas d'appel à la grève pour l'instant ?

Pour la journée d'action pour un travail décent, le 7 octobre (aujourd'hui), dont le contenu n'est pas très précis, nous n'y sommes pas favorables. Actuellement, c'est le calme plat, nous ne sentons pas les salariés prêts à agir, et ce n'est pas une « journée d'animation » telle que celle-ci qui va résoudre le problème.

Auteur : Recueilli par Jean-Louis Hugon
 

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